En faisant des recherches dans mes bouquins sur les lapins, ce soir, je suis tombée sur deux pages du livre Rabbit Health in the 21st century, que j’ai relues avec un autre regard. Ces pages sont intitulées: Quand le temps est venu, mais que votre lapin n’est pas prêt.
Kathy Smith, l’auteur de ce livre, y explique que certains vétérinaires admettent généralement que les lapins malades lâchent prise facilement, plus facilement que d’autres espèces d’animaux de compagnie. Toutefois, quelques lapins choisissent de se battre contre de graves maladies, envers et contre tout, et refusent d’abandonner, même lorsque la partie semble franchement perdue. Il s’agit le plus souvent (mais pas dans tous les cas) de lapins qui ont été maltraités ou qui ont vécu des choses difficiles lorsqu’ils étaient jeunes. Ayant par la suite trouvé un foyer qui les aime, ils ont créé un lien très fort avec leur propriétaire.
Kathy Smith évoque alors toute la difficulté qu’il y a à décider le moment opportun pour euthanasier ces lapins qui se battent sans relâche et montrent constamment qu’ils ne veulent pas partir. Il faut parfois oublier l’envie de vivre de ces lapins, quand aucune rémission n’est possible et qu’une mort douloureuse s’annonce pour eux. Elle parle alors de l’expérience qu’elle a eu avec Smokey, son lapin atteint d’un cancer.
Comment ne pas penser à Tarquin? Durant ces dernières semaines, Tarquin a été si mal par moments et semblait tellement souffrir (malgré les médicaments contre la douleur qu’il prenait), que j’ai pensé plusieurs fois devoir l’emmener à la clinique pour qu’il soit euthanasié… Son gavage était une véritable épreuve, surtout en raison de son abcès dentaire, il était nauséeux et aucune nourriture ne semblait lui faire plaisir. Il restait le plus souvent prostré et grinçait sans cesse des dents. J’adore Tarquin, j’ai passé des nuits blanches à le surveiller quand il convulsait, j’ai fait des nuits de 4-5 heures de sommeil pendant plusieurs semaines, en me réveillant sans cesse, tellement j’étais inquiète, même si je savais parfaitement que ça n’était vraiment pas raisonnable de faire ça pour un animal. C’était donc une décision très difficile. Le vétérinaire qui le suit m’a dit à plusieurs reprises que son pronostic vital était très sérieusement engagé. Finalement, malgré les hauts et les bas (très bas parfois) de Tarquin, celui-ci a tenu bon. A chaque fois qu’il semblait ne plus y avoir d’espoir et que je m’attendais à le voir mourir, il y avait soudain un signe encourageant, montrant que l’état général de Tarquin redevenait un peu meilleur. Il est à noter également que Tarquin a eu une succession de graves problèmes de santé qui n’ont toutefois pas un aspect inéluctable comme un cancer pour un lapin. Mais les conséquences de ses convulsions, de sa fièvre, des toxines dans son corps et de l’arrêt de son transit après ses importantes diarrhées pouvaient être extrêmement graves et ne pas laisser place à une rémission.
Mais surtout, même quand Tarquin était au plus mal, notamment après qu’il ait convulsé pendant près de 24 heures, il tenait bon et montrait qu’il continuait à pouvoir courir et gambader. Je me souviens du soir du 13 juillet: Tarquin courait dans la salle de consultation, alors qu’il avait une température de presque 41° et qu’il convulsait encore fréquemment, pendant que le vétérinaire de garde attendait les résultats de l’analyse de sa prise de sang qui allait déterminer si ça valait la peine ou pas de continuer à le soigner. C’était surréaliste… De même, alors qu’il continuait à perdre du poids, grinçait constamment des dents et semblait prêt à tomber dès que je caressais sa tête, tellement il était faible, Tarquin avait des instants où il courait et sautait sur mon lit ou sur le canapé, ou sautait de mes bras et faisait le tour de l’appartement en courant. Aujourd’hui, Tarquin va mieux, même s’il est loin d’être guéri, et j’espère ne plus avoir à me poser la question de son euthanasie avant longtemps.
Tarquin, petit lapin abandonné à deux reprises, accidenté autrefois et de nouveau plus récemment, me donne l’impression de se battre contre la maladie avec une “volonté” peu commune. Son comportement me fait un peu penser à celui de Virgile, si petit, et pourtant si courageux face à sa maladie. Virgile avait également vécu des débuts difficiles avant d’arriver à la maison. Virgile n’a lâché prise que la veille de sa mort, quand la paralysie a commencé à gagner l’ensemble de son corps et notamment son système digestif. Mais une heure avant sa mort, alors qu’il ne bougeait plus que sa tête volontairement, Virgile m’a encore léché la main.
Face à cela, Thalia m’a donné la désagréable impression d’abandonner et de se laisser partir sans lutter, même si elle s’est débattue à la fin, alors qu’elle convulsait très fortement au moment de sa mort. Thalia venait d’un élevage et n’avait jamais connu que la maison: c’était une petite lapine qui avait connu le parcours parfait et les meilleurs soins depuis toujours. Elle était en parfaite santé, mais n’avait sans doute jamais eu l’occasion d’éprouver sa “volonté”. Elle avait eu la pasteurellose pendant plusieurs mois, mais elle s’en était très bien sortie (surtout en comparaison avec Hermine). Et je retrouve malheureusement cette attitude de renoncement chez Swap qui est aujourd’hui malade. Face à ce comportement de lapins qui étaient ou sont pourtant si proches de moi, j’ai l’impression d’être un témoin impuissant de la dégradation progressive de leur état de santé, qui reste extérieur à leur histoire.
Cela me donne vraiment le sentiment que certains lapins subissent leur maladie et que d’autres se battent contre elle en montrant qu’ils veulent vivre. Les premiers s’isolent et semblent attendre, même si on les sollicite et on les soigne, les seconds vous font participer à leur douleur, à leur maladie, et vous montrent qu’ils sont toujours là, avec vous. J’ignore si cela est lié principalement à l’expérience de mauvais traitements qu’un lapin a eu dans le passé, comme le suggère Kathy Smith. Mais, avec ma faible expérience, j’ai été très émue en lisant ce qu’elle a écrit à ce sujet, car j’y ai retrouvé l’histoire de mes lapins.












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